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dimanche 18 mai


la cordée se retrouve à Roissy Charles de Gaulle pour la partie qui n'est pas la moins pénible de l'expédition : le voyage !


De Roissy Charles de Gaulle au bed & breakfast à Anchorage, 24 heures de voyage, cela n'en finissait pas. On en a profité pour discuter entre nous, on s'est doucement mis dans l'aventure en faisant monter la pression, en parlant des dangers et des risques. On est finalement arrivé à la conclusion qu'on est prêt à assumer la prise de risque pour nous, mais pas pour les autres : on n'est pas prêt à assumer les conséquences de ces risques pour les personnes que l'on aime.

lundi 19 mai


le bed & breakfast "chez Marguerit" est un repaire d'alpinistes en partance ou en provenance du massif du Dénali : Anglais, Russes, Hollandais, Autrichiens, Suisses, ... A l'heure actuelle, compte tenu des conditions météo très défavorables, seuls 2 alpinistes ont atteint le sommet.


Nous faisons quelques derniers achats alimentaires avant que K2 Aviation nous amène jusque Talkeetna, village du fin fond des US, typique et stéréotype de la série "Shérif fais moi peur", c'est-à-dire une et une seule grande rue, avec beaucoup de pubs, des maisons disséminées un peu partout et une population très rurale (et pas très propre).


Au menu ce soir, burger, burger, burger et bières. On en profite au maximum avant d'attaquer le Mac Kinley et ses 6192 mètres.Ce soir, nuit chez l'habitant au Talkeetna Hostel ($23). C'est très campagne, avec des chiots qui gambadent partout mais cela nous permet d'étaler notre matériel sans problème.


mardi 20 mai, Jour 1 - Nuit au Base camp, 2500m


On s'offre un petit dej copieux ($11) avant le briefing chez le bureau des Rangers : voies à suivre, risques, consignes sur le traitement des déchêts alimentaires et humains. Nous sommes alors autoriser à payer le droit d'entrée au parc ($110).


13h, nous pesons l'ensemble du matériel pour équilibrer les avions qui nous amèneront à Base Camp. Nous sommes également pesés : avec les chaussures et ma tenue, je suis censé peser 203 pounds (plus de 100 Kg), soit 15 Kg de plus que nu comme un vers.


Nous faisons le vol dans l'après-midi. Après avoir récupéré et réparti le matos,nous équipons les pulkas pour le lendemain et préparons notre dîner. Au moment de se coucher, un groupe de Français arrive au Base Camp, ils reviennent du sommet : réussi ! Ils l'ont fait en 9 jours après avoir été bloqués pendant plusieurs jours : -35°C au camp 4. Nous allons faire de beaux rêves...


mercredi 21 mai, Jour 2 - dénivelé 260m, nuit au camp 1, 2760m


Première nuit, premier repas, premier ptit déj, première sortie nocturne pour aller uriner. La température au réveil est clémente : -5°C. Après quelques derniers préparaifs, c'est parti : montée, descente, montée, descente, montée, ... La pulka semble peser 1 tonne : en réalité, elle ne pèse que 30 Kg.


Les premiers 260m de dénivelé ont été difficiles, physiquement un peu, mais surtout moralement, car compte tenu du poids, la suite risque apparait ardue...


jeudi 22 mai, Jour 3 - dénivelé 840m, nuit au camp 2, 3600m


Journée très difficile : si celle d'hier a été interminable, il n'y a pas de nom pour celle d'aujourd'hui, j'en ai bavé :

- ma pulka est trop lourde, je laisserai des vêtements et de la nourriture au camp 2 ce soir.

- séquelle de la nourriture ? mon système digestif ne semble pas apprécier la neige du Dénali...cela a comme un arrière goût de Kili.

- il fait trop chaud pour moi, je retire tout ce qui peut l'être pendant l'effort.


Il n'y a plus de question à se poser, je suis en plein dedans, c'est le moment de se battre contre soi-même pour avancer.


vendredi 23 mai, Jour 4 - dénivelé 800m, nuit au camp 3, 4400m


A partir de ce jour, nous progressons encordés et cramponnés.


Au lever, nous devons déneiger ce qui est tombé durant la nuit. Je ne qualifierai plus aucune étape d'interminable, elles le sont toutes. Celle-là en particulier, car même si nous avons laissé 50% de la nourriture au camp 2 (pour être plus légers, nous reviendrons dans 1 ou 2 jours), les montées sont raides.


Nous décidons de monter le camp environ 1h30 avant le camp d'acclimatation : nous ne pouvions pas l'atteindre avant la nuit. Je suis pris de symptômes de mal aigus des montagnes (maux de tête, nausées) : je n'avale quasiment rien, rien ne passe et je suis gelé. Nous ne sommes qu'à 4400m, cela promet.


samedi 24 mai, Jour 5- dénivelé 260m, nuit au camp 4, 4660m


Nous nous levons vers 7h et partons vers 11h. Bonne nouvelle : plus de signes du mal des montagnes.


L'objectif du jour est d'atteindre le camp des Rangers (camp 4, camp d'acclimatation) et de nous reposer le reste de la journée pour faciliter l'acclimatation de nos organismes.


Nous mettons tout de même 2 heures pour gravir les 260m. C'est dur, dur, dur... Il est évident que notre acclimatation n'est pas encore faite. De plus, ironie, je souffre vraiment de la chaleur.


L'après-midi est plus calme, nous nous installons au camp où nous établissons notre camp principal. Je suis plutôt mieux qu'hier, mais la vue de ce qui nous attend casse un peu le moral. Le camp 4 est au pied de l'arête West Buttress, la voie que nous emprunterons. Elle semble à portée de main mais les gens qui y sont engagés ne semblent pas avancer. Il y a environ 600m de dénivelé jusqu'au camp 5, avec plusieurs passages à environ 45°, dont une sur glace sur laquelle nous monterons au jumar.


Le tableau qui se dresse devant nous est impressionnant tant au niveau paysage que moral. Qui plus est, demain, nous ... redescendons au camp 3, à 3600m,pour y chercher la nourriture laissée. Un pas en avant, un pas en arrière. Difficile pour le moral, mais bon pour l'acclimatation.


Il apparaît désormais très clairement que le moral sera la clef du succès. Les Rangers annoncent -33°C au sommet.


dimanche 25 mai, Jour 6 - dénivelé -1000m, +1000, nuit au camp 4, 4660m


Journée immense qui sera suivie d'une journée de repos. Nous nous levons à 5h pour partir à 6h. Il fait -8°C dans la tente, -23°C dehors. Nous mettons 1h30 pour descendre ce que nous avons gravi en pas loin de 7 heures, 2 jours auparavant.


La descente se faisant par une température de -20°/-15°, cette fois, je ne souffre pas de la chaleur...Nous reconditionnons la nourriture à remonter à la va vite, tellement le froid nous saisit.


La remontée est longue, mais physiquement,cela se passe bien, c'est-à-dire pas ou peu de maux de tête, pas de nausée. Mais il faut quand même s'employer pour monter. Il n'y a décidement pas de sortie tranquille.


lundi 26 mai, Jour 7 - repos, nuit au camp 4, 4660m


Le camp d'acclimatation est une sorte d'entonnoir où toutes les expéditions arrivent et d'où elles attaquent le sommet, en relativement petit nombre. Il y a donc beaucoup de monde (environ 75 tentes), spécialement quand la météo ne permet pas de bouger.


Aujourd'hui, journée de repos et d'acclimatation. Cela tombe bien, c'est couvert, en dessous et au dessus. Le sommet est inaccessible. Il ne fait pas froid : -8° au réveil, à 11h. Eh oui, grasse matinée...


Cela a soufflé cette nuit : 50km/h. Ceux qui sont montés au camp 5 hier ont dû passer une bien mauvaise nuit, sans compter qu'aujourd'hui, ils sont bloqués au camp 5. Leur chance d'accéder au sommet se réduit : à cette altitude (et latitude), même ne rien faire entame les réserves de l'organisme.


mardi 27 mai, Jour 8 - repos forcé, nuit au camp 4, 4660m


Cette nuit,j'ai eu le plaisir d'aller prendre le frais à 2 reprises pour satisfaire des besoins naturels... Rien n'est plus agréable dans ces moments là que de retrouver le confort douillet de son duvet, d'autant que la météo est très médiocre.


Je sais que la journée va être longue, je fais trainer et ne sors la tête du duvet qu'à 10h30. La journée n'est faite que de lectures et discussions. On cogite, on s'interroge sur nos motivations profondes.


mercredi 28 mai, Jour 9 - dénivelé 640m, nuit au camp 5, 5300m


Contrairement aux prévisions météo, le temps est bon, si bien que nous sommes pris au dépourvu et vraiment pas prêts à partir.


Le temps de tout préparer, nous levons le camp en pleine chaleur à midi. Ce matin, au réveil, il faisait - 20°, cet après-midi, au soleil lors de la montée,il fait 15°/20°.

Cette différence de température me rend lent, tout comme ma charge d'une quinzaine de kilos (nourriture, vêtements, essence, tente, ...)


Cette montée vers le camp 5 se découpe en 3 parties :

- un premier tiers en plein soleil, pendant 1h30, sur une pente de 20/25°. J'en bave, je fonds sous le soleil. La remise en marche après 2 jours d'inactivité est difficile.

- le deuxième tiers, 200m d'un passage à 45° équipé d'une corde fixe sur laquelle nous montons au jumar (poignée auto-bloquante). Mais auparavant et compte tenu du monde qui s'était accumulé au camp 4 lundi et mardi, nous devons attendre notre tour pendant 1 heure. La montée au jumar se passe bien, mais c'est long, le temps que chacun passe les 7 ou 8 points d'ancrage qui jalonnent ces 200m.

- à la sortie de ce passage, nous débouchons sur l'arête West Buttress qui nous amène au camp 5. Je suis objectivement incapable de dire si cette dernière partie est un tiers de la journée en dénivelé ou en temps, mais je peine à avancer. La chaleur ressentie sous l'effort m'étouffe et cette difficile et dangereuse arête mixte nécessite une attention de tous les instants.


Nous arrivons au camp 5 à 5300m à 22h. Il commence à faire un peu froid (-15°), le soleil s'étant couché.


jeudi 29 mai, Jour 10 - assaut du sommet 6192m, dénivelé +892m, - 892m, nuit au camp 5, 5300m


Belle journée pour tenter l'ascension : nous sommes le jeudi de l'Ascension et c'est la date anniversaire des 50 ans de la première ascension de l'Everest. C'est le jour symbole idéal pour tenter l'assaut final.


Nous sommes les premiers à partir du camp faisons la trace. Il est 7h et la température est de -20°C, le soleil ne chauffe pas encore.


Au bout de 2 heures interminables, nous arrivons au col Denali Pass après une longue traversée où il faut être attentifs à chaque pas, car même si le devers n'est pas très important, la chute serait longue, très longue. Nous nous restaurons et réchauffons. Nous adaptons les cordées de manière à ce qu'elles soient plus homogènes et plus en phase avec la forme du jour de chacun.


Nous attaquons ce qui doit être le 2ième tiers de l'ascension, une longue progression le long d'une arête de neige qui nous amène à un replat appelé football field. Cela nous prendra finalement 3 heures, au froid, toujours à faire la trace. Au 2/3 du football field, compte tenu du beau temps, nous nous allégons en laissant nos sacs à dos, nous ne gardons que les vêtements grand froid, le matériel technique et quelques vivres de course.


Nous commençons l'ascension de la dernière face, le vent nous pique le visage. Nous sommes dans de réelles conditions climatiques polaires,à environ 5900/6000m. Malgré la masque et la cagoule, le visage est transi. Il est certain que non protégés, une exposition prolongée signifierait gelures.


Au bout d'une heure, nous arrivons au sommet de cette face dominant le football field mais le sommet est encore loin. Il nous faut prendre une arête neigeuse qui devient de plus en plus étroite : il ne reste bientôt plus que la largeur de 2 chaussures.


Nous progressons lentement mais sûrement. Nous sommes seuls quand nous arrivons au sommet. Nous procédons aux traditionnelles photos, mais le ciel se voile. Nous n'avons guère que 5 minutes au sommet, à l'accomplissement d'un objectif qui aura nécessité des centaines d'heures d'effort.


Après une heure de descente, nous rejoignons une partie de la cordée, restée au Football Field, à court de carburant.

La redescente au camp 5 est longue et sous des rafales de vent glacial.  Nous y arrivons à 19h, éreintés et ravis.


vendredi 30 mai, Jour 11 - dénivelé -640m, nuit au camp 4, 4660m


Je suis réveillé assez tôt, sans intérêt car notre réchaud ne fonctionne plus. Nous devons attendre que les 2 autres tentes aient fini avant de pouvoir faire notre neige et nous réhydrater un peu.


La veille au soir, Fred, notre guide, s'est aperçu que Toussaint souffrait de gelures : la première phalange sur plusieurs de ses doigts vire au noir.


Nous partons du camp 5 vers 11h et restons prudents :  80% des accidents ont lieu à la descente...Nous faisons donc particulièrement attention sur l'arête mixte West Buttress et lors de la descente sur la corde fixe. Nous arrivons tranquillement au camp 4, vers 15h, sous la neige.


Fred nous réunit pour nous expliquer la suite, la situation de nos 2 blessés, Charly et Toussaint. Charly, lui, voit trouble d'un oeil ce qui rend sa progression très difficile. Compte tenu de notre avance sur le timing, Fred songe à nous laisser au camp 3 et faire l'éperon Cassin en non stop sur 24h...Il devrait descendre du camp 4 au camp 3 avec nous, puis remonter au camp 5, et descendre alors 1000m pour se trouver face aux 2000m de rocher de l'éperon Cassin...Tout cà alors que nous revenons à peine du sommet ! Nous ne jouons pas dans la même catégorie...


Finalement, Fred renoncera compte tenu de l'évolution guère encourageante de l'état de nos blessés.


samedi 31 mai, Jour 12 - dénivelé -1900m, nuit au camp 1, 2760m


Nous nous levons tard et prenons le temps. Nous partons à 14h, il faut se réhabituer aux pulkas. En effet, au delà du camp 4, c'est sac à dos uniquement, pas moyen de prendre les pulkas. La descente est difficile car les devers se sont pas faciles à traverser avec la pulka qui nous entraine dans la pente. Nous redescendons lentement jusqu'au camp 1. Nous montons le camp et gérons tout pour nos 2 handicapés. Nous nous couchons à 1h.


dimanche 1 juin, Jour 13, dénivelé - 260m, nuit à Base Camp, 2500m


première sensation au réveil : la nuit a été humide mais chaude, pas de givre dans la tente ce matin, c'est un signe. Il a neigé une trentaine de cm. Nous arrivons à Base Camp vers 16h, l'expé est finie.


Les jours qui suivent ne seront que logistique et attente du vol retour.